Témoignage recueilli dans l’1visible

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Pendant son adolescence, Dominique Morin rencontre la violence et la drogue. À l’âge adulte, il choisit de changer de vie. Quand il découvre qu’il a le sida…

À dix ans, j’ai débarqué, sans père, dans une cité de banlieue parisienne. Sans repères, échappant à l’autorité de ma mère, j’ai suivi de mauvais exemples. L’échec scolaire m’a amené à travailler dès l’âge de seize ans. C’est dans les concerts de rock que j’ai rencontré la drogue et ses mensonges qui m’ont vite séduit, envahissant toute mon adolescence. En même temps, des expériences sexuelles sans lendemain m’ont déçu et détourné de l’amour. Ces plaisirs sans but ne pouvaient pas me combler. À dix-neuf ans, anarchiste, j’ai rejoint d’autres révoltés pour renverser l’ordre social, occupant des squats et pratiquant la violence. Mais j’ai vite perdu le contrôle de cet engrenage destructeur et il m’a fallu un sursaut de lucidité pour avoir le courage de fuir cet univers. Heureusement, ma mère – que j’avais si souvent déçue – a encore une fois accepté de m’accueillir. J’ai décidé de changer de comportement en diminuant ma consommation de drogue et en cessant de « coucher » avec des filles. Ainsi, j’ai retrouvé peu à peu l’estime de moi-même et le respect des autres.

Parti tardivement au service militaire, c’est là que je suis revenu à la pratique religieuse, abandonnée lorsque j’étais enfant. Mon exemple a entraîné ma mère puis mon petit frère à revenir vers l’Église. Par des efforts personnels et avec l’aide de la confession, je suis parvenu à arrêter la drogue et à apaiser mes instincts sexuels et de violence. Deux ans plus tard, lors d’une confession approfondie, j’ai fait l’expérience bouleversante du pardon de Dieu. J’en suis sorti guéri de profondes blessures liées à de mauvais choix. Libéré, j’ai pu enfin m’ouvrir aux promesses de l’avenir plutôt que de ruminer les échecs du passé.

C’est à la même période qu’au pèlerinage de la Pentecôte, à Chartres, j’ai côtoyé des femmes vivant joyeusement leur foi. Leur exemple a été déterminant pour m’apprendre le respect de la femme et croire en l’amour. J’ai gagné leur amitié qui dure encore aujourd’hui. J’avais trente-quatre ans, une foi assez solide et je souhaitais me marier. À cause d’un grave problème de santé, j’ai dû faire des examens médicaux. C’est là que j’ai appris la terrible nouvelle : j’avais contracté le sida pendant mon adolescence, et treize ans plus tard, il menaçait de me tuer. Dans cet effondrement humain, j’ai eu la force de tourner mon regard vers la Croix, certain que Jésus n’abandonnerait pas celui qu’il était venu sauver. Sorti de l’hôpital, affaibli, je suis allé dans un monastère bénédictin. J’y ai reçu le sacrement de confirmation et le sacrement des malades. Puis, pour mener cet ultime combat, je suis parti à Lourdes demander à Dieu de me donner sa force.

Je suis rentré chez moi confiant pour me battre jour après jour contre la maladie et le découragement. J’étais fortement soutenu par ma foi, par ceux qui m’aimaient et par des ressources que je ne soupçonnais pas en moi. Un peu plus tard, j’ai vécu une longue période de sécheresse spirituelle et psychologique, privé de tout désir et de toute consolation sensible. Dépression, usure, tentation ? Ce que je sais, c’est que cette traversée de désert intérieur m’a appris la confiance pure. Dans la faiblesse, j’ai compris la joie d’être aimé de Dieu et la valeur de cet amour que j’avais eu tant de mal à découvrir. Loin des discours fatalistes sur le sida, j’ai commencé à témoigner pour apporter à un large public une parole d’espérance et de foi. Seize ans plus tard, grâce aux traitements, je suis toujours là et mon amour de la vie n’a fait qu’augmenter. Le coeur comblé, je n’oublie pas ce Dieu qui reste présent à mes côtés, malgré mes chutes et mes peurs, et qui me porte quand je défaille. Cette joie d’aimer et d’être aimé, portée à sa plénitude, Dieu l’offre à chacun d’entre nous !