Témoignage de Joseph Fadelle 

Recueilli dans l’1visible 

Je suis né en Irak, dans une famille musulmane chiite descendant du Prophète. Très vite, mon père, chef de clan, m’a désigné comme son successeur. Dès mon plus jeune âge, j’ai donc été considéré comme le représentant du Prophète sur terre. Tous me vénéraient, y compris les anciens. Même mon entourage le plus proche s’adressait à moi par ces titres glorieux : « Seigneur », « notre maître », etc. De tels égards ont fait de moi quelqu’un d’orgueilleux, sûr de sa puissance, à l’autorité écrasante. À 23 ans, je suis parti faire mon service militaire. À l’arrivée, je découvre avec stupeur que mon compagnon de chambrée n’est autre… qu’un chrétien. C’est le cauchemar. Le Coran m’a appris que les chrétiens sont des polythéistes, des hérétiques qu’il faut éliminer. 

 

Mais, à ma grande surprise, Massoud, le chrétien, est un homme accueillant. « D’où viens-tu ? », me demande-t-il d’emblée. Je lui décline fièrement mon identité. Les jours suivants, il se montre discret. Il commence à m’intriguer. Je m’enhardis à lui adresser la parole. Je découvre un homme fin et cultivé. Un jour qu’il s’est absenté, désœuvré, je tombe sur l’un de ses livres intitulé Les miracles de Jésus. J’entreprends sa lecture et assez vite, je ressens une sorte de fascination pour ce personnage inconnu de moi. Au retour de Massoud, j’en profite pour me renseigner sur sa religion, dans l’espoir de lui démontrer la supériorité de l’islam et de le convertir. C’est le devoir de tout bon musulman. Je lui demande : « Les chrétiens ont-ils un livre comme le Coran ? », certain que non. « Bien sûr, me répond-il, nous avons la Bible. » Surpris, je ne me laisse pas abattre. S’il me prête la Bible, je pourrai sans peine lui démontrer ses erreurs. Mais Massoud ne l’entend pas ainsi : « Tu veux que je t’apporte l’Évangile ? C’est d’accord. À une condition : relis d’abord le Coran en cherchant à en comprendre le sens et sois honnête avec toi-même. » Ce langage est radicalement nouveau pour moi. 

Piqué au vif, je décide de relever le défi. Et j’entreprends cette lecture attentive. Mais verset après verset, le Coran me semble de plus en plus obscur. Je consulte un chef religieux dont les réponses me laissent perplexe… Je me plonge alors dans la vie du Prophète et découvre qu’il a commis des actes mauvais. 

Peu à peu, tel un château de sable, tout s’effondre autour de moi et en moi : ma religion, mon identité, mon rang social, ma famille. Je perds tous mes repères. Alors que je suis plongé dans cet état de grand trouble intérieur, une nuit, un songe m’apporte un bonheur tout nouveau. Je suis au bord d’un ruisseau. Sur l’autre rive, je vois un homme que je me sens poussé à rencontrer : « Pour franchir le ruisseau, mange le pain de vie », me dit-il. Mystère… 

Le lendemain, de retour de permission, Massoud me tend un livre : c’est l’Évangile. Je commence à le lire jusqu’à ce verset : « Moi je suis le pain de la vie » (1). C’est alors qu’une douce lumière commence à grandir en moi et autour de moi, accompagnée de la présence d’un être rempli d’amour. Je me sens pris de passion pour ce Jésus de l’Evangile. J’ai soif de le connaître davantage. Je finis par m’en ouvrir à Massoud qui, mois après mois, m’introduit aux mystères de la foi chrétienne. 

Il me faudra attendre encore treize années avant de recevoir le baptême et le ‘pain de vie’, c’est-à-dire l’eucharistie, le corps du Christ. Pendant ce temps, je subis le rejet de ma famille, la prison, la torture, l’exil avec ma femme – convertie elle aussi – et nos deux premiers enfants. 

Aujourd’hui, je suis un homme nouveau. Je vis en Occident. Et si j’ai perdu richesses, pouvoir, famille et amis, j’ai tout gagné puisque j’ai trouvé Jésus Christ.  

Propos recueillis par Laurence Meurville